dimanche 20 février 2011

Les pique-niques familiaux du dimanche.

La rencontre avec la culture créole se fait en premier lieu en cuisine. Tout est affaire de convivialité, de couleurs, d'exotisme, de saveurs... Et de piment! Ca pouak, comme on dit ici!

Le plat roi est le cari : du riz, accompagné de "grains" (haricots ou lentilles), d'une viande mijotée en sauce (poulet coco, mon préféré!) et bien sûr, du rougail, la préparation pimentée. Pour une européenne, c'est toute une expérience!


Litchis.

Dans les jardins, on se délecte des plants de bananes, des litchis, des mangues, des avocats... Et la bonne citadine que je suis a même appris comment poussent les ananas. Les étals des marchés (et principalement celui du quartier du Chaudron le dimanche matin) rappellent qu'ici l'exotisme est la norme. Quelques menus euros ouvrent la voie aux chouchoux (que l'on cuisine en gratin), bringelles (légumes verts filandreux pour caris) et autres fruits de la passion.




Ben ça alors! J'aurais jamais cru...

Ici, on ne cuisine pas pour soi. Ici, la cuisine est une ode à la famille. C'est une déclaration d'amour en quantité astronomique!  Ici, le riz se lave 5 fois avant d'être cuit, le gingembre se pile, la patate se fait en gâteau.

Le tout s'harmonisant pour atteindre l'apogée hebdomadaire : la tradition créole du pique-nique dominical. Ainsi, des familles entières, toutes générations confondues, se retrouvent sur les plages, aux pieds des cascades, aux points de vue montagnards. Plus qu'une organisation, c'est une véritable institution! Les emplacements sont réservés dès 8h du matin, des tables, chaises, bâches, décorations sont déployées.

C'est un moment que les familles créoles considèrent comme privilégié. Il est synonyme de partage, de détente, de lien. Dans des décors extraordinaires. Ce qui ajoute forcément à la philosophie de vie réunionnaise, particulièrement tournée vers la communion avec la nature et le développement personnel...


Préparer un rougail pour accompagner son plat principal? Rien de plus facile!
Dans un pilon (d'après les spécialistes, le préférer en bois, ce choix est particulièrement important), piler ensemble du petit piment, de l'oignon et du sel.
Ajouter le légume coupé en petits morceaux (tomate ou concombre ou mangue,...)
Ajouter de l'huile.
Servir dans un bol. A déposer en petites quantités dans un coin de l'assiette.

mardi 1 février 2011

Le Piton de la Fournaise.

Dès mon arrivée, j'ai été merveilleusement accueillie par mon amie et sa famille. On m'avait prévenue. "Tu vas découvrir la saveur particulière de la solidarité d'une vie insulaire". Et surtout "L'énergie et le magnétisme dégagés par le volcan vont changer ta vision du monde et de toi-même.".

Justement, le Piton de la Fournaise entre en éruption deux jours après mon atterrissage. Je prends cet évènement comme un signe. De bienvenue, mais aussi de prédiction du caractère exceptionnel de ce que je vais vivre ici. Nous partons donc pour un pique-nique de nuit afin d'apprécier au mieux la coulée de lave. La route d'approche est déjà fascinante. En une heure, nous passons d'un paysage tropical déployant ses palmiers et autres fleurs aux couleurs éclatantes, à des pâturages de montagne où paissent quelques vaches. On se croirait presque dans les Alpes.

Et puis la route nous amène au-dessus des nuages et c'est un paysage lunaire qui s'offre à nos yeux émerveillés.






Arrivés à un parking sur-réaliste, il nous faudra 1h30 de marche pour atteindre le site. Tout simplement grandiose.














 Il y a vraiment de la magie dans une éruption volcanique. Et ce sentiment d'assister à un spectacle  exceptionnel, privilégié, que peu de personnes verront de leurs propres yeux dans leur vie. Nous faisons donc durer le plaisir avec un pique-nique nocturne, ne pouvant détacher nos yeux de ces explosions et coulées rouges, jaunes, oranges. Mais la nuit, il fait froid au volcan (comme quoi, j'ai bien fait de mettre une polaire dans ma valise!). Nous nous joignons donc à la longue procession de marcheurs munis de lampes, telles des lucioles nous montrant le chemin. Le volcan fait perdurer la poésie, on se croirait dans un film de Miyasaki...




Prologue.

L'arbre du Voyageur.
Une maxime tibétaine dit : "Le voyage est un retour vers l'essentiel".

Ce voyage est parti d'un constat, qui m'est apparu clairement lors d'un autre voyage en août 2010. Corsica Ferries. Départ de Toulon pour rejoindre ma famille en Corse. Le trajet prendra six heures contre une heure vingt en avion depuis Paris. J'aime les longs voyages. Ceux qui nous laissent le temps de déconnecter de notre vie quotidienne. En pleine mer, c'est comme si on se détachait de notre vie, qu'on pouvait la regarder de plus haut, qu'on la mettait entre parenthèses entre le point de départ et le point d'arrivée. Un No Man's Land territorial et spirituel.

Depuis le pont du Ferry, savourant les rayons chauds du soleil et les embruns de la mer, je fais donc un constat. De cette année écoulée, de mes déprimes récurrentes, de mon besoin d'ailleurs. J'ai besoin d'évoluer, de découvrir, d'avancer.

Quelques jours en arrière, une amie productrice m'a proposé de la remplacer pour la durée de son congé maternité. Elle est réunionnaise. Nous avons fait nos études de production audiovisuelle à Bordeaux ensemble. Puis nous nous sommes retrouvées à Montréal où nous avons travaillé pour un festival de cinéma africain et créole. C'est un échange. Je lui offre mes compétences et la tranquilité que sa société sera gérée au mieux en son absence. Elle m'offre l'opportunité de prendre vraiment le large, de découvrir une culture, des gens, des paysages qui viennent d'être classés au patrimoine mondial de l'UNESCO.

J'ai mes quinze jours de vacances en Corse pour réfléchir. Il est vrai que je quitterais un travail où je gagne bien ma vie, une vie sociale développée et puis, d'après les conventions, je suis plutôt à un âge où je suis censée me poser, me marier et faire des enfants.

Mais j'ai toujours été fascinée par les récits des écrivains voyageurs, par l'idée que l'immersion dans d'autres cultures nous élève et puis finalement j'ai ce sentiment tenace qu'en ne bougeant pas, c'est moi que je vais perdre. Ce sera donc l'île de la Réunion. Pour huit mois.

Et je mesure tellement ce privilège, cette chance, que j'éprouve l'envie, le besoin de partager mes découvertes...

Lagon. Ile de la Réunion