mardi 10 mai 2011

Mafate, mon sauveur!

Il a pas l'air comme ça. Mais ce chat est mon nouveau héros. Il a adopté notre colocation un soir de janvier. Tout bébé, tout frêle. Mafate, avec le M commun à tous les prénoms des habitants de la maison. Je n'ai jamais eu de chat. Je dois avouer qu'ils m'indiffèrent. Jusqu'à ce soir particulier où Mafate m'a sauvé la vie... Il faisait nuit. Je lisais dans ma chambre, la fenêtre ouverte sur le ciel étoilé et... Le jardin... Grouillant d'insectes énormes et difformes, plus répugnants les uns que les autres. Soudain, un bourdonnement lourd fait irruption dans ma chambre et se tape contre un mur. Effroi, horreur, malheur, c'est un énorme cafard, tout moche, tout affreux, tout beurk! Courageuse et ne voulant pas passer pour une mauviette aux yeux de mon coloc présent, je m'arme d'une serviette pour chasser l'objet de mes sueurs froides. Peine perdue, il est trop rapide. J'effectue une danse comique à mesure qu'il s'approche ou s'éloigne de moi.
Et là, tel un super chat en cape, bottes et slip moulant, Mafate saute dans ma chambre pour atterrir directement sur le cafard dont il ne fait qu'une bouchée. Aussi simple que ça! Mon héros!
Depuis il avale même les babouks... Finalement, c'est chouette d'avoir un chat...

Depuis, j'ai appris qu'une étude prouve que les personnes ayant un chat vivent plus longtemps... Tu m'étonnes!

samedi 2 avril 2011

L'été austral.

Je vous écris ces lignes depuis le Jardin de l'Etat de St Denis. Des enfants de toutes les couleurs courent partout en maillot de bain, se jetant dans les bassins pour se rafraîchir. Je suis assise dans l'herbe dans ma petite robe légère, à l'ombre d'immenses arbres très verts, comme on en voit sur les cartes postales. Le soleil est haut et j'apprécie le vent qui rend l'atmosphère moins étouffante ces derniers jours. Il paraît que l'été austral touche à sa fin. L'été austral. Pour une européenne, ce concept est totalement exotique. Mais le vivre relève d'une expérience bien plus déroutante, modifiant votre rapport aux saisons, à la valeur du temps qui passe, à vos traditions.

Le Jardin de l'Etat, à Noël.
La période la plus flagrante est celle des fêtes de fin d'année. Quelle bizarrerie de voir les magasins et les rues se décorer des atours de Noël, alors qu'il fait plus de 30° dehors! Le Père Noël qui se ballade au Centre Commercial où je fais mes courses semble perdu sur la route du Pôle Nord. Le pauvre, il doit mourir de chaud dans son habit en velours! Car le plus étonnant, c'est qu'ici les gens ne se sont pas "réapproprié" la tradition. Ce sont donc des images de bonhommes de neige et de sapins qui jalonnent notre environnement visuel. Alors que comme le chante Jacqueline Farreyol (la Anne Sylvestre locale), ici, c'est Noël sous les flamboyants.


Marché de Noël de Saint Denis

Et puis il y a cette nuit extraordinaire qu'est le Nouvel An. La tradition est de se retrouver au lagon où presque 10 000 personnes établissent un camping géant dans la pinède. On fait des barbecues, on boit du rhum arrangé, on rencontre des gens. Et à minuit : tout le monde dans le lagon! Des dizaines de lampions chinois s'envolent dans le ciel. Un sacré contraste avec le Nouvel An que j'avais passé sur les bords d'un lac gelé des Laurentides par -30°! Là, tout le monde est en maillot et on regarde le soleil se lever sur l'océan en se disant qu'on est privilégiés de vivre un tel moment. C'est tout de suite plus facile de voir en rose l'année qui commence.

 1er janvier 2011, 6h41.

Bon, il y a quand même le côté pluies diluviennes qui accompagnent cette saison. Au point que l'un de mes colocataires a pu réaliser un de ses rêves : faire un remake de la pub Tahiti Douche. Ces pluies qui résonnent sur les toits en tôle, entraînent des crues dans les ravines, rendant routes et mer impraticables.


Le déluge (en route pour "Somewhere", que ne ferait-on pas pour un film de Sofia Coppola!), avec les commentaires d'Alizé.

(Mal)heureusement, la Réunion n'a pas essuyé de cyclone cette année. Le genre de phénomène météorologique qui est destructeur dans un endroit comme Madagascar, mais espéré par les enfants d'ici comme la neige de par chez nous parce qu'un cyclone est synonyme d'école buissonnière forcée, d'enfermement dans la maison à s'éclairer à la bougie et passer du temps avec toute la famille. Apparemment impressionnant, surtout lors des quelques minutes de calme total au passage de l'oeil du cyclone juste au-dessus des maisons. Les gens d'ici sont parés et les dégâts minimes.

Finalement, la chaleur et le soleil de plomb obligent à ralentir le rythme de vie. Cet "été en hiver", que je ne revivrais sans doute jamais, m'apprend la sérénité, le lâcher prise, et à apprécier une certaine langueur. Et aussi, non négligeable, un bronzage impeccable!

dimanche 20 février 2011

Les pique-niques familiaux du dimanche.

La rencontre avec la culture créole se fait en premier lieu en cuisine. Tout est affaire de convivialité, de couleurs, d'exotisme, de saveurs... Et de piment! Ca pouak, comme on dit ici!

Le plat roi est le cari : du riz, accompagné de "grains" (haricots ou lentilles), d'une viande mijotée en sauce (poulet coco, mon préféré!) et bien sûr, du rougail, la préparation pimentée. Pour une européenne, c'est toute une expérience!


Litchis.

Dans les jardins, on se délecte des plants de bananes, des litchis, des mangues, des avocats... Et la bonne citadine que je suis a même appris comment poussent les ananas. Les étals des marchés (et principalement celui du quartier du Chaudron le dimanche matin) rappellent qu'ici l'exotisme est la norme. Quelques menus euros ouvrent la voie aux chouchoux (que l'on cuisine en gratin), bringelles (légumes verts filandreux pour caris) et autres fruits de la passion.




Ben ça alors! J'aurais jamais cru...

Ici, on ne cuisine pas pour soi. Ici, la cuisine est une ode à la famille. C'est une déclaration d'amour en quantité astronomique!  Ici, le riz se lave 5 fois avant d'être cuit, le gingembre se pile, la patate se fait en gâteau.

Le tout s'harmonisant pour atteindre l'apogée hebdomadaire : la tradition créole du pique-nique dominical. Ainsi, des familles entières, toutes générations confondues, se retrouvent sur les plages, aux pieds des cascades, aux points de vue montagnards. Plus qu'une organisation, c'est une véritable institution! Les emplacements sont réservés dès 8h du matin, des tables, chaises, bâches, décorations sont déployées.

C'est un moment que les familles créoles considèrent comme privilégié. Il est synonyme de partage, de détente, de lien. Dans des décors extraordinaires. Ce qui ajoute forcément à la philosophie de vie réunionnaise, particulièrement tournée vers la communion avec la nature et le développement personnel...


Préparer un rougail pour accompagner son plat principal? Rien de plus facile!
Dans un pilon (d'après les spécialistes, le préférer en bois, ce choix est particulièrement important), piler ensemble du petit piment, de l'oignon et du sel.
Ajouter le légume coupé en petits morceaux (tomate ou concombre ou mangue,...)
Ajouter de l'huile.
Servir dans un bol. A déposer en petites quantités dans un coin de l'assiette.

mardi 1 février 2011

Le Piton de la Fournaise.

Dès mon arrivée, j'ai été merveilleusement accueillie par mon amie et sa famille. On m'avait prévenue. "Tu vas découvrir la saveur particulière de la solidarité d'une vie insulaire". Et surtout "L'énergie et le magnétisme dégagés par le volcan vont changer ta vision du monde et de toi-même.".

Justement, le Piton de la Fournaise entre en éruption deux jours après mon atterrissage. Je prends cet évènement comme un signe. De bienvenue, mais aussi de prédiction du caractère exceptionnel de ce que je vais vivre ici. Nous partons donc pour un pique-nique de nuit afin d'apprécier au mieux la coulée de lave. La route d'approche est déjà fascinante. En une heure, nous passons d'un paysage tropical déployant ses palmiers et autres fleurs aux couleurs éclatantes, à des pâturages de montagne où paissent quelques vaches. On se croirait presque dans les Alpes.

Et puis la route nous amène au-dessus des nuages et c'est un paysage lunaire qui s'offre à nos yeux émerveillés.






Arrivés à un parking sur-réaliste, il nous faudra 1h30 de marche pour atteindre le site. Tout simplement grandiose.














 Il y a vraiment de la magie dans une éruption volcanique. Et ce sentiment d'assister à un spectacle  exceptionnel, privilégié, que peu de personnes verront de leurs propres yeux dans leur vie. Nous faisons donc durer le plaisir avec un pique-nique nocturne, ne pouvant détacher nos yeux de ces explosions et coulées rouges, jaunes, oranges. Mais la nuit, il fait froid au volcan (comme quoi, j'ai bien fait de mettre une polaire dans ma valise!). Nous nous joignons donc à la longue procession de marcheurs munis de lampes, telles des lucioles nous montrant le chemin. Le volcan fait perdurer la poésie, on se croirait dans un film de Miyasaki...




Prologue.

L'arbre du Voyageur.
Une maxime tibétaine dit : "Le voyage est un retour vers l'essentiel".

Ce voyage est parti d'un constat, qui m'est apparu clairement lors d'un autre voyage en août 2010. Corsica Ferries. Départ de Toulon pour rejoindre ma famille en Corse. Le trajet prendra six heures contre une heure vingt en avion depuis Paris. J'aime les longs voyages. Ceux qui nous laissent le temps de déconnecter de notre vie quotidienne. En pleine mer, c'est comme si on se détachait de notre vie, qu'on pouvait la regarder de plus haut, qu'on la mettait entre parenthèses entre le point de départ et le point d'arrivée. Un No Man's Land territorial et spirituel.

Depuis le pont du Ferry, savourant les rayons chauds du soleil et les embruns de la mer, je fais donc un constat. De cette année écoulée, de mes déprimes récurrentes, de mon besoin d'ailleurs. J'ai besoin d'évoluer, de découvrir, d'avancer.

Quelques jours en arrière, une amie productrice m'a proposé de la remplacer pour la durée de son congé maternité. Elle est réunionnaise. Nous avons fait nos études de production audiovisuelle à Bordeaux ensemble. Puis nous nous sommes retrouvées à Montréal où nous avons travaillé pour un festival de cinéma africain et créole. C'est un échange. Je lui offre mes compétences et la tranquilité que sa société sera gérée au mieux en son absence. Elle m'offre l'opportunité de prendre vraiment le large, de découvrir une culture, des gens, des paysages qui viennent d'être classés au patrimoine mondial de l'UNESCO.

J'ai mes quinze jours de vacances en Corse pour réfléchir. Il est vrai que je quitterais un travail où je gagne bien ma vie, une vie sociale développée et puis, d'après les conventions, je suis plutôt à un âge où je suis censée me poser, me marier et faire des enfants.

Mais j'ai toujours été fascinée par les récits des écrivains voyageurs, par l'idée que l'immersion dans d'autres cultures nous élève et puis finalement j'ai ce sentiment tenace qu'en ne bougeant pas, c'est moi que je vais perdre. Ce sera donc l'île de la Réunion. Pour huit mois.

Et je mesure tellement ce privilège, cette chance, que j'éprouve l'envie, le besoin de partager mes découvertes...

Lagon. Ile de la Réunion